Comment apprendre autrement avec la pédagogie positive ?

Introduction

Dans le livre Apprendre autrement avec la pédagogie positive, Audrey Akoun, thérapeuthe cognitivo-comportementaliste et Isabelle Pailleau, psychologue clinicienne du travail et des apprentissages, montrent comment faire rimer travail scolaire avec plaisir, découverte et réussite. 

  1. Après un état des lieux de l’apprentissage et des fausses croyances, les auteures nous dévoilent leur définition de ce qu’est Apprendre.
  2. Le principe de l’approche « Tête, Cœur, Corps », qui est une approche beaucoup utilisée en coaching est détaillé.
  3. Enfin, le livre aborde les questions ouvertes, la créativité et le Mind Mapping .

Partie 1 – L’apprentissage dans tous ses états

Etat des lieux

L’état des lieux met en évidence que le système actuel fait peser une énorme pression sur les parents, les enfants et le corps enseignant ce qui a pour effet de conduire les parents à exiger beaucoup de leurs enfants et donc entraîne des souffrances et de l’inquiétude dès lors qu’ils ne répondent à ces attentes.

La préoccupation principale des parents d’aujourd’hui est la réussite scolaire de leurs enfants à tout prix. 

Le coût est aussi psychique et somatique par les souffrances qu’entraîne chez l’enfant la course à la réussite scolaire : troubles du sommeil, de la mémoire, peur de l’échec, perte des moyens, troubles du comportement, conduites déviantes, angoisses, dépression…

2 – Chasser les croyances et mythes limitants

Les auteures proposent de faire tomber les mythes et croyances limitantes au sujet de l’apprentissage.
Ci-dessous la liste des mythes déconstruits :

  1. On n’a rien sans rien
  2. Dans notre famille, on est/on n’est pas…
  3. Je sais / je ne sais pas 
  4. Je suis fort(e)/nul(le) ; J’aime / j’aime pas…
  5. Je peux faire plusieurs choses à la fois…
  6. Je n’ai pas de mémoire

3 – Mais, c’est quoi apprendre ?

C’est découvrir

  • Acquérir des savoirs académiques, des contenus, des savoir-faire.
    Mais certaines matières sont plus valorisées à l’école comme le français, l’histoire-géographie, les mathématiques, les sciences. Du coup, les élèves doués dans ces autres matières ne sont pas encouragés à exploiter leurs talents et se retrouvent souvent en situation d’échec scolaire car ils ne répondent pas aux attentes académiques. (voir mon article sur les intelligences multiples à venir).
  • Découvrir qui l’on est : la connaissance de soi (qualités, défauts, capacités, talents, envies, besoins) renforce la confiance en soi. Prenez le temps d’accepter les rêves de votre enfant.

C’est vivre avec les autres.

L’école a une fonction sociale, c’est un lieu d’apprentissage des règles de vie en société et d’échange.

C’est apprendre avec sa tête.

Antoine de la Garanderie a introduit la pédagogie de la réussite. Il a mis en évidence 5 gestes fondamentaux qui permettent à l’enfant de mieux réussir :

  1. le geste d’attention : faire exister dans sa tête ce qui va être perçu par un des cinq sens, ex: « Regarde ce que je vais te montrer, écoute ce que je vais te dire… » ;
  2. le geste de mémorisation : mémoriser pour un projet précis ;
  3. le geste de compréhension : comparer ce que je perçois de nouveau à ce que je sais déjà ;
  4. le geste de réflexion : réfléchir avant de se précipiter et chercher dans ses connaissances la règle qui va permettre de penser la tâche à effectuer ;
  5. le geste d’imagination : découvrir ou inventer de nouvelles pistes à partir de ce que je connais.

C’est apprendre avec son cœur

C’est apprendre avec tout son être sensible.
Leur histoire personnelle, leurs croyances et leur environnement conditionnent leur perception du monde.
Aussi, leurs réussites, leurs appréhensions et leurs difficultés sont le produit de leur ressenti émotionnel et psychique qui doit être pris en compte pendant l’apprentissage.
Par exemple, un enfant peut être bloqué dans l’apprentissage de la lecture parce qu’il a peur de se tromper ou peur de grandir.

C’est apprendre avec tout son corps.

Leur corps est un partenaire privilégié et complice des apprentissages. Il faut en prendre soin par une bonne qualité et quantité de sommeil, une alimentation saine et équilibrée, des liens tactiles avec nos enfants.

Partie 2 – Apprendre peut être un plaisir avec l’approche « Tête, Cœur, corps »

1 – Préparer sa tête à travailler

Connaître son mode d’évocation (première partie du profil d’apprentissage)

La première étape est donc de découvrir quelles sont les préférences de fonctionnement dans l’apprentissage de notre enfant (qui diffèrent de celles des parents).

Les 3 profils :

  • Visuel (je vois des images, des photos, un film…);
  • Auditif ou verbal (j’entends une voix, des sons…) ;
  • Kinesthésique (je ressens des mouvements, des sensations, des odeurs, des goûts…).

Nous parlons ici du mode d’évocation préféré. Même si permettre à l’enfant de connaître son mode préféré lui permettra d’adapter ses méthodes d’apprentissage, il est important de l’aider à élargir ses possibilités évocatives.

Voir mon article sur les profils d’apprentissage : Les 7 profils d’apprentissage

Favoriser la concentration et l’attention 

La concentration et l’attention sont fondamentales pour l’apprentissage. Elles sont traitées par deux zones différentes du cerveau et ne peuvent donc pas être activées en même temps. Ce sont deux grandes consommatrices d’énergie.

Quelques astuces pour favoriser l’attention et la concentration :

  • Colorier un mandala pendant 5 minutes de l’extérieur vers l’intérieur pour les enfants ayant du mal à se concentrer, l’inverse pour ceux qui ayant du mal à être attentifs.
  • Utiliser la méthode Vittoz : rééquilibrer réceptivité et émissivité par des petits exercices quotidiens.
  • Se recentrer avec l’exercice de l’axe de symétrie.
  • Se mettre en mode projet. Il est important de définir quel est l’objectif de travail : apprendre cela pour… .
  • Installer des routines qui sécurisent l’enfant (méthode des petits pas ou Kaisen, Time Timer, etc).

2 – Préparer son cœur à travailler

Image par Laurence Brun de Pixabay

Le rôle fondamental des émotions

Les émotions influencent les comportements au quotidien et elles jouent un rôle dans les apprentissages via la capacité d’attention.

Comment en faire des alliés : 

  • Apprendre à les identifier et les accueillir, puis à les “gérer” de façon appropriée ;
  • Favoriser le développement d’une juste confiance en soi.

En effet, les émotions dites positives telles que le plaisir de découvrir, la joie de faire, la fierté de réussir sont un moteur pour entrer dans les apprentissages. 

D’autres émotions dites négatives comme la peur ou la colère peuvent bloquer les apprentissages car elles occupent toute la place (l’enfant peut se sentir en insécurité).

La confiance en soi et comment la favoriser

La confiance en soi est ce sentiment intime d’une personne en ses capacités à bien avancer dans sa vie, à s’adapter, à entrer en relation avec les autres, à réussir ses projets. 

Les parents, souvent fatigués au moment des devoirs impatients d’en finir et débordés par les autres tâches ménagères et souvent cela dérapent (genre « Mais qu’est-ce qu’on va faire de toi ? »).

Plusieurs conseils à appliquer, aussi bien par les parents que par les enfants :

Parents,

  • Soyez indulgent avec vous-même, et privilégiez toujours la relation avec voter enfant (par exemple, les devoirs passent après les câlins, le sommeil, les moments en famille, etc) ;
  • Utilisez la méthode des petits pas ou Kaizen : toujours découper l’objectif final en une série d’objectifs plus petits et plus facilement réalisables ;
  • Proposez une approche collaborative et ludique pour un travail efficace : le moment des devoirs est un temps où votre enfant va s’approprier les savoirs à sa manière. Votre rôle est surtout d’encourager votre enfant en lui disant « Tu vas y arriver » et en l’aidant à trouver ses propres ressources (mémorisation…).
  • Autonomisez : ayez confiance en lui et laissez-le expérimenter, se tromper et recommencer. 
  • Valorisez ses réalisations et ses actions (« Ton dessin est magnifique… », « tu as bien rangé ta chambre… ») et non sa personne. Evitez les critiques.
  • Parlez de manière positive : à la forme affirmative et positive. Par exemple, dites « parle plus doucement s’il te plaît », « essaie d’être gentil avec ta sœur ».
  • Renforcer les comportements positifs : au lieu de relever les erreurs, et tout ce qui est négatif, porter votre attention sur ses comportements positifs (ceux que vous souhaitez). Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas sanctionner l’enfant quand il se comporte mal mais qu’il faut plutôt l’encourager,

Enfants,

  • Faites toujours de votre mieux : on ne se décourage pas à la première difficulté, on persévère. On réussira plus tard alors on poursuit ses efforts ;
  • Découpez vos apprentissages : variez les exercices ainsi que les matières, planifiez votre travail sur la semaine ;
  • Faites confiance à vos parents et acceptez leur aide : parents et enfants pourront découvrir de belles choses ensemble et s’amuser tout en travaillant.

3 – Préparer son corps à travailler

Un esprit sain dans un corps sain.Son corps a besoin que votre enfant lui fasse du bien pour qu’il soit une aide pour travailler.

Le corps pour bien se mettre au travail aura différents besoins :

  • Respirer à plein régime : pour s’oxygéner son cerveau. Commencez par aérer la pièce avant de se mettre au travail ;
  • Boire de l’eau : les neurones transmettent des informations grâce à un flux électro-chimique et l’eau est un excellent conducteur d’électricité, donc boire régulièrement de l’eau permet de relancer la « fabrique à idées » ;
  • Manger, c’est bon pour penser : le cerveau des enfants et des adolescents a besoin d’une alimentation spécifique pour l’aider à réfléchir et mémoriser (notamment des vitamines B; des oméga-3;dles sucres rapides – préférez le miel au sucre raffiné et aux sucreries)
  • Dormir pour laisser son cerveau faire son travail: un minimum de 7 à 8 heures de sommeil est conseillé pour récupérer et permettre au cerveau de se développer harmonieusement. Un enfant fatigué a beaucoup plus de difficultés à mobiliser son attention, sa concentration et à mémoriser. 
  • Se relaxer : se détendre pour rentrer plus facilement dans les apprentissages. En dehors des exercices de Brain Gym tels que le Cross Crawl et le huit couché, les moyens de remettre son corps en mouvement sont très nombreux : sauter, danser, courir dans le jardin, frapper dans un oreiller, faire une séance de chatouilles… Ces temps ne doivent pas excéder 5 minutes et doivent se conclure par un retour au calme via un exercice de recentrage ou de respiration.

Partie 3 – Socrate, Aristote, Mind Mapping…

La maïeutique, inventée par Socrate, est l’art d’accoucher l’esprit humain en le questionnant. Fondée sur le questionnement ouvert, elle permet à l’apprenant de trouver en lui-même ses propres réponses et de retrouver une liberté de penser.

Socrate et les questions ouvertes

Les questions ouvertes (pas de réponse en oui/non) accélèrent le processus de réflexion.

Pour vous rappeler des questions ouvertes, mémoriser la phrase magique « c’est cul-cul, c’est occupé ! » = « CQQCOQP » soit Comment, Qui, Quoi, Combien, Où, Quand, Pourquoi et Pour quoi ?

Avant la lecture d’un livre, d’un texte ou d’une leçon, vous pouvez augmenter le niveau d’attention et avoir une lecture active qui favorise la compréhension et la mémorisation en pensant aux questions auxquelles vous voulez obtenir des réponses. Qui sont les personnages ? Où se déroule l’action ? Que va-t-on apprendre dans cette leçon ? À quoi cela va-t-il servir …? 

Socrate et la créativité

La créativité est le pouvoir pour un individu de créer, c’est-à-dire imaginer et réaliser quelque chose de nouveau. C’est aussi découvrir une solution nouvelle et originale à un problème donné.

La créativité se développe. Nous avons tous la capacité de faire fonctionner notre cerveau pour trouver des solutions nouvelles et résoudre des problèmes.

Pour la favoriser, il faut donc laisser libre court à leur imagination, leur laisser du temps, prendre soin de leurs besoins physiologiques, leur aménager un espace propice au travail créatif et éviter stress et conflits.

Aristote et le Mind Mapping

Image par Mote Oo Education de Pixabay

De l’anglais « mind » (esprit) et « map » (carte), ce principe théorisé par Tony Buzan dans les années 1970, consiste à représenter l’information de manière spatiale, visuelle et graphique sur une feuille au format paysage. Le Mind Mapping est aussi appelé carte mentale, carte d’organisation d’idées, carte heuristique ou schéma centré.

Plus en lien avec le fonctionnement naturel du cerveau (en arborescence), le Mind Mapping favorise l’apprentissage où le travail conjoint des deux hémisphères permet de mobiliser à la fois la compréhension et la réalisation.

Le Mind Mapping peut être utilisé à tout âge. Avec les tout-petits, il peut aider l’enfant à se repérer dans les différents temps de sa journée, à reconnaître et exprimer sa météo émotionnelle. Au primaire, ce peut être un excellent outil de compréhension et servir de carte-outil dans la réalisation des exercices. Au secondaire, il peut servir d’outil de mémorisation.

Mon avis sur le livre Apprendre autrement avec la pédagogie positive :

J’ai ce livre dans ma bibliothèque depuis de nombreuses années. Ayant étudié différentes approches au fur et à mesure de mes formations, les idées proposées ici sont globalement en ligne avec ce que j’ai pu rencontré.

Ce livre permet de prendre conscience des fausses croyances que nous pouvons avoir et de découvrir les possibilités multiples qui s’offrent à nous pour mieux accompagner les enfants dans la joie et la sérénité.

J’ai aimé :

  • La facilité de lecture : pas de prérequis et le langage est accessible (même pour des jeunes).
  • La mise en pratique : avec de nombreux exercices.
  • L’humour et les dessins style sketchnoting.

J’ai moins aimé :

  • Le manque de fiche résumé contenant les points clés à retenir.
  • Il s’adresse plutôt à des accompagnateurs d’enfants de primaire / début de collège même si beaucoup de ce qui est présenté serait applicable à des plus grands.
  • La partie Mind Mapping ma semble un peu trop détaillée vis-à-vis du reste.

Faites-moi part dans les commentaires de votre avis sur ce livre.

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